On découvre une publication en anglais d’un produit permettant une prévention et décontamination des effets oculaires et cutanés de l’agent chimique CS testé sur 5 gendarmes, qui a été présentée en 2002, en Suisse.
Prévention des effets oculaires et cutanés du gaz lacrymogène et décontamination active à la Diphotérine : études préliminaires chez 5 gendarmes français
Le « gaz lacrymogène » ortho-chlorobenzylidène malononitrile (CS) est un agent antiémeute lacrymal qui provoque une irritation des yeux, un larmoiement excessif et un blépharospasme.
La Diphotérine® s’est révélée efficace pour la décontamination d’une grande variété de projections de produits chimiques pour la peau et les yeux et a été testée dans une exposition au CS.
Cinq gendarmes français sont entrés dans une chambre d’exposition standard, soit pour développer les signes et les symptômes oculaires ou cutanés, pour être décontaminés à la Diphotérine après l’exposition, soit pour l’utiliser comme prophylaxie en préexposition dans les yeux et sur le visage avant leur entrée dans la chambre.
Les gendarmes qui sont entrés dans la chambre du CS sans application préalable de Diphotérine ont développé les effets attendus d’un larmoiement excessif, d’une irritation des yeux et d’un blépharospasme. Après la décontamination post-exposition à la Diphotérine des quatre gendarmes, ces effets ont rapidement disparu et ils étaient de nouveau pleinement opérationnels.
Lorsque la Diphotérine était appliquée sur les yeux et le visage avant d’entrer dans la chambre du CS, les effets attendus ne se sont pas produits et le cinquième gendarme est resté pleinement opérationnel jusqu’à la sortie de la chambre. Ces résultats suggèrent que la Diphotérine peut prévenir ou atténuer rapidement les effets oculaires et dermiques du CS et permettre aux agents de la force publique de rester pleinement opérationnels ou de retrouver rapidement leur statut opérationnel après la décontamination.
Traduction de l’article du Journal of Emergency Medicine de l’American Academy of Emergency Medicine (AAEM) de la présentation faite présenté au CBMTS-IV (Chemical Biological Medical Treatment Symposium-IV), à Spiez, en Suisse, du 28 avril au 3 mai 2002. Sources de l’article : https://www.jem-journal.com/article/S0736-4679(05)00064-8/abstract
L’Etat français a donc autorisé Prevor, entreprise privée, à utiliser 5 de nos collègues comme cobayes pour faire sa promotion, il y a 15 ans. Cependant sur le terrain les policiers ne sont pas équipés de Diphoterine et doivent subir les effets oculaires et cutanés du gaz contenant l’agent chimique CS.
La publication scientifique du fabricant indique qu’elle a un effet décontaminant, calmant et curatif, c’est à dire post-exposition, mais aussi préventif – protecteur- préexposition. On peut comprendre que dans ce cas, l’effet « lacrymogène » annoncé par les pouvoirs publics est neutralisé et que ces mêmes pouvoirs publics ne veulent pas se retrouver dans la situation d’utiliser une munition qu’ils ne pourraient plus appeler « lacrymogène », pour ses éphémères effets lacrymogènes, dans le seul but de masquer tous les effets à court, moyen et long terme sur la santé des personnes exposées.
Son silence relatif à sa gamme de produits préventifs et décontaminant du CS et autres agents chimiques agressifs ne constituent elle une complicité avec les décideurs de ces gazages massifs ?
D’autant que sur son site Prevor ne fait pas état de l’expérience sur nos collègues gendarmes, alors que dans le contexte actuel cela aurait pu booster ses ventes. Curieux.
Tout particulier peut commander librement de la Diphoterine sous plusieurs modèles de contenants et d’applicateurs. Comme nous policiers n’en sommes pas dotés à titre préventif et curatif, pas plus que nos collègues des services d’urgence, voici le lien pour en commander à titre personnel.
Si les manifestants allaient eux aussi s’acheter ce produit, peut-être que l’Etat serait obligé de revoir son utilisation d’armes chimiques dans le cadre de maintien de l’ordre.
Nous rappelons que ce produit ne protège et ne soigne en aucun cas les nombreux dommages à court, moyen et long terme de l’agent CS sur l’organisme de la personne qui y a été sujette. Nous détaillerons ces effets dans nos prochaines « leçons ».
« L’USAGE DES ARMES CHIMIQUES EST UN CRIME DE GUERRE (…). LA FRANCE COMME L’A RAPPELÉ LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE (…) ASSUMERA TOUTES SES RESPONSABILITÉS AU TITRE DE LA LUTTE CONTRE LA PROLIFÉRATION CHIMIQUE. » JEAN-YVES LE DRIAN
Etonnant, étrange plutôt que ces symptômes et maladies ne soient pas l’objet d’informations et alertes publiques des autorités compétentes et des médias, alors que les expositions subies par nos collègues policiers, comme par les manifestants et les passants sont bien plus fortes que pour les expositions faisant l’objet des études scientifiques internationales citées dans cet article. Du fait de la concentration possiblement beaucoup plus importante du CS dans les munitions françaises, et l’exposition bien plus longues et plus répétées et des quantités massives – 10,000 munitions en une journée relevée pour l’Acte 3 à Paris seulement, soit une grenade toute les 5 secondes sur 14 heures théoriques de manifestation, pour 11,000 grenades tirées en une semaine à Notre-Dame-des Landes -.
Qui alerte nos collègues sur ces dangers liés à l’usage de ces matériels et munitions imposées dans le cadre de la pratique de leur profession et des ordres auxquels ils ont le devoir d’obéir ?
Qui alerte la population, les citoyens français quant aux risques potentiellement mortels qu’ils encourent en étant exposés à cet agent CS d’un autre temps, dit « lacrymogène » ?
La présidence ? Le Ministre de l’Intérieur ? Le Ministre de la Santé ? Les préfets ? Les médecins et l’Ordre des Médecins, la Direction des Hôpitaux ? Les Services d’urgence de type SAMU ? Les Pompiers ? La Croix Rouge ? Les journalistes et médias ?
En tant que syndicat de policiers, nous veillons à la santé de nos collègues et défendons leur vie en dénonçant le maintien d’une munition d’un autre temps.
Mais il est étrange que nous soyons les seuls à nous intéresser à ces dangers et à mettre quelques minutes à accéder à des documents reconnus mondialement alertant sur les graves dangers de l’agent CS… Depuis une demi-douzaine d’années, VIGI alerte et réclame le passage à un gaz nouvelle génération de type OC (Oleoresin Capsicum, le nom scientifique du gaz poivre). L’Etat, les pouvoirs, Publics, la Nation, sont-ils prêts à une grave crise sanitaire et à revivre un « Responsable mais pas Coupable », de l’affaire du sang contaminé ?
Pourquoi ignorer ces données scientifiques nombreuses publiées depuis des années en anglais, connues et reconnues mondialement en tout cas dans toutes les démocraties et qui ont fait que l’agent CS a été depuis des années déjà remplacé majoritairement par le « gaz poivre » produit à partir d’extraits de piment, un autre agent beaucoup moins nocif à court et moyen terme, tout en étant aussi efficace « sur le champ » ?
Les Pouvoirs Publics français le savent pertinemment puisqu’en 1994, ils ont contracté, à travers le GIAT (Groupement Industriel des Armements Terrestres), cette société inventeur et fabricante américaine du gaz poivre -ZARC International Industries- pour les assister dans la construction de plusieurs systèmes d’armes à tir rapide chargés au gaz poivre.
Le principe de précaution passe par de études indépendantes. Américains les ont faites et UK les a faites. Pas la France ?
Afin d’énumérer en détail les effets immédiats, différés et à long terme étudiés et prouvés sur l’individu exposé à l’agent CS, nous vous communiquons les informations collectées par le National Center for Biotechnology Information, US National Library of Medecine (NCBI), c’est-à-dire un organisme public américain de renommée mondiale, auprès de chercheurs américains, anglais, chinois, israéliens, italiens, turcs…
Il faut étudier scientifiquement la toxicité immédiate et à moyen et long terme, la mutagénicité et la cancérogénicité.
Le ministère britannique de la Santé, avec le soutien du Home Office, a demandé à trois de ses comités consultatifs (sur la toxicité, la mutagénicité et la cancérogénicité des produits chimiques dans les aliments, les produits de consommation et l’environnement) d’étudier l’utilisation du vaporisateur de CS en tant que produit chimique incapacitant pour des raisons de santé publique.
Définition et explication du CS
Aux températures et pressions quotidiennes standard, le CS forme un cristal blanc avec une faible pression de vapeur et une faible solubilité dans l’eau. Les aérosols de CS agissent donc comme un « picot en poudre » avec des particules microscopiques qui sont de puissants irritants sensoriels s’attachant principalement aux membranes muqueuses et à la peau humides. L’œil est l’organe le plus sensible du contrôle des émeutes car le CS provoque l’épiphora, le blépharospasme, une sensation de brûlure et des problèmes de vision. La toux, une augmentation de la sécrétion muqueuse, de graves maux de tête, des vertiges, une dyspnée, une sensation d’oppression thoracique, une difficulté à respirer, des réactions cutanées et une salivation excessive sont courants. Les symptômes apparaissent au bout de 20 à 60 secondes et, si la personne exposée est mise à l’air frais, ces observations cessent généralement au bout de 10 à 30 minutes.
57% des rapports d’exposition au CS comprenaient des mises en gardes sur les conséquences à long termes. Certains cas sortent sans hospitalisation et sont traités en ambulatoire ou nécessitent une hospitalisation inférieure à 24 h. Les cas plus graves nécessitaient une meilleure surveillance de leurs résultats cliniques et étaient hospitalisés pendant 5 jours à 2 semaines. Dans le rapport rédigé par Panreix-Spake, la durée moyenne d’hospitalisation pour les 11 patients était de 6 jours.
Trois cas, qui faisaient référence aux conséquences à long terme des agents de lutte antiémeute et plus précisément du spray CS, ont été publiés. Le premier de Hill décrit une réaction d’hypersensibilité multi-systèmes qui a duré plus de 6 mois avec une hospitalisation nécessaire même trois mois après l’exposition. Cette affaire s’est également révélée être une menace pour la vie étant donné que le sujet devait entrer dans une unité de soins intensifs. Il y a deux cas de syndrome de dysfonctionnement des voies respiratoires réactives présenté par Roth et al. et Hu et Christani, qui ont duré plus de deux et trois ans, nécessitant plusieurs hospitalisations. La dermatite de contact allergique pourrait également être considérée comme un effet à long terme, en particulier lors d’une exposition professionnelle. Karaman et al. ont décrit un cas d’obstruction grave des bronches et du larynx qui s’est présenté 21 jours après l’exposition et qui a nécessité un examen laryngoscopique et une bronchoscopie. De plus, ce cas s’est avéré être une maladie menaçant le pronostic vital et une trachéotomie était nécessaire. Il est intéressant de noter que les sujets rapportés dans les références et certains sujets rapportés dans les travaux de Watson et al. ont été exposés à la CS dans des espaces clos / confinés.
En outre, 70% des rapports de cas comprenaient des informations disponibles sur la nécessité d’une hospitalisation après une exposition à la CS.
Des populations à haut risques sont clairement identifiées : les femmes enceintes, les très jeunes et les personnes âgées ainsi que « ceux souffrant d’asthme ou de maladie obstructive chronique, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires et éventuellement ceux prenant des médicaments neuroleptiques.
Nous avons également tenté de présenter les rapports de cas en fonction des paramètres suivants: type d’exposition (professionnelle ou non professionnelle), conditions d’exposition spécifiques (agent dans l’air, s aérosol CS, contact direct CS, exposition secondaire), durée d’exposition (aérosol CS) ), distance d’exposition (aérosol CS), partie du corps exposée (aérosol CS) ou affectée (symptômes cutanés), période de latence et type de symptômes, durée des symptômes, admission à l’hôpital, mode de traitement et conséquences à long terme.
Effets cliniques de l’exposition à la CS : Une brève durée des symptômes a été rapportée concernant l’irritation des voies respiratoires, alors que l’oppression thoracique peut durer un jour. Cependant, les complications peuvent durer des mois et même jusqu’à deux ans en cas de syndrome de dysfonctionnement des voies respiratoires réactionnelles (RADS). L’érythème peut durer de quelques jours à une semaine, tandis que les éruptions vésiculaires ou le gonflement diffus disparaissent généralement en quelques jours ou jusqu’à 4 semaines. Dans le cas d’AGEP présenté par Wu et al. les symptômes ont persisté plus de deux semaines. De plus, dans le cas présenté par Hill et al., la dermatite a duré plusieurs mois.
Cependant, les complications peuvent durer des mois et même jusqu’à deux ans en cas de syndrome de dysfonctionnement des voies respiratoires réactionnelles (RADS).
Des symptômes et maladies nombreux et variés sont à attendre, avec un temps de latence plus ou moins court ou long selon les paramètres tels que temps total et nombre d’expositions, proximité et régularité des expositions, concentration de l’agent dans les munitions et concentration du nuage de gaz (proximité avec la source d’émission et/ou nombre de munitions utilisées). Les symptômes et les maladies déclenchées par l’exposition en CS dépendent aussi de l’état de santé, de la condition physique de la personne, âge, etc.
Les personnes enceintes sont particulièrement en danger avec risque de fausse couche ainsi que les personnes à faiblesse ORL et cardiaques, les enfants et les personnes âgées.
Outre des effets cliniques transitoires, le CS pourrait avoir des effets graves et durables sur la santé humaine.
Il existe des données disponibles qui font référence à des effets à long terme et même à des conséquences représentant un danger de mort.
Il existe également des cas de réactions cutanées aigües sous forme de pustules aiguës généralisées exanthémateuses, avec des symptômes commençant 3 semaines après l’exposition.
A-Effets cliniques cutanés
La période de latence des résultats cliniques cutanés varie considérablement, de l’immédiat / quelques minutes à 1 à 2 semaines :
* brûlures sur les parties exposées de la peau jusqu’à cloques
* érythème
* éruption vésiculeuse
* cloques
* pustules aiguës généralisées exanthémateuses
* sensation de brûlure de la peau
* irritation cutanée avec ou sans douleur
* gonflement, œdème,
* prurit, démangeaisons contagieuses
* éruptions, réactions cutanées
* eczéma ou une dermatite séborrhéique
* lichénification, épaississement de l’épiderme
* érythème cicatrice peut durer de quelques jours à une semaine
* dermatite de contact allergique
* dermatite de contact irritant
* dermatite séborrhéique
* pustules aiguës exathémateuse généralisée, avec des symptômes commençant 3 semaines après l’exposition, les symptômes ont persisté plus de deux mois.
* leucodermie chimique
En outre, il est décrit une susceptibilité accrue possible à la CS chez les personnes atteintes de rosacée.
Une variation importante de la période de latence des effets cliniques a été observée (6 h à 7 jours).
B-Effets cliniques respiratoires
La période de latence pour les effets cliniques respiratoires varie d’immédiate / de quelques minutes à plusieurs semaines, mois.
* brûlures
* gorge enflammée
* maux de gorge
* toux
* écoulement nasal
* augmentation de la sécrétion muqueuse,
* hémoptysie (crachat de sang, de couleur vive, d’origine pulmonaire)
* hématémèse (crachat de sang, moins oxygéné et de couleur foncé, d’origine pulmonaire)
* essoufflement
* dyspnée ou oppression thoracique, douleurs thoraciques
* irritation respiratoire
* syndrome de dysfonctionnement des voies respiratoires réactionnelles (RADS) : le patient a continué à faire face aux symptômes deux ans après l’exposition et a besoin d’un traitement quotidien
* réaction d’hypersensibilité avec pneumonie
* réaction d’hypersensibilité avec bronchoconstriction
* laryngospasme
* obstruction laryngée
* laryngospasme lors du retrait de la sonde trachéale après avoir été exposé à la CS
C-Effets cliniques oculaires
La récession des symptômes de larmoiements doit survenir 30mn environ après l’arrêt de l’exposition à l’agent CS. Cependant, cet effet larmoiement peut durer pour certaines personnes et d’autres symptômes peuvent apparaitre aux yeux y compris avec une période de latence.
La période de latence dans laquelle se développent les résultats cliniques oculaires varie d’immédiat ou quelques minutes à moins de 24 h.
* larmoiements
* épiphora, larmoiements ininterrompus
* irritation et brûlures des yeux
* conjonctivite durée de 2 jours environ
* gonflements diffus de quelques jours à 4 semaines généralement
* blépharospasmes avec clignotement excessif des yeux pouvant se répéter au cours des mois
* kératite
* réduction passagère de la vision
* réduction de la vision dû à un œdème périorbitaire
* abrasion de la cornée par les cristaux de CS
* infection due à l’abrasion de la cornée par les cristaux de CS
D-Effets cliniques gastro-intestinaux :
* diarrhées
* douleurs abdominales
* nausées et vomissements
* pertes d’appétit
E-Autres symptômes :
* graves maux de tête
* vertiges
* lèvres douloureuses
* engourdissement de la langue
* fièvres
* fausses couches nombreuses chez les femmes enceintes
Des préoccupations ont également été exprimées au sujet des effets psychiatriques du gaz CS. Dans une étude menée auprès de demandeurs dans le cadre d’une action en justice conjointe contre la police, il est rapporté que le stress pendant l’exposition, ainsi que le trouble de stress post-traumatique, avaient été documentés même trois ans après une exposition à la CS.
F- Effets à long terme et menaçants pour la vie (non exhaustif) :
* réaction d’hypersensibilité multi-systèmes- 6 mois de soin intensifs en service d’urgence,
* syndrome de dysfonctionnement des voies respiratoires réactives, de 2 et 3 ans nécessitant plusieurs hospitalisations,
* dermatite de contact allergique,
* d’obstruction grave des bronches et du larynx qui s’est présenté 21 jours après l’exposition et qui a nécessité une laryngoscopie et une bronchoscopie, menaçant le pronostic vital puisqu’une trachéotomie était nécessaire.
Depuis des mois, une guerre est menée, celle de la vérité. C’est pour cela qu’une grande interrogation est née avec l’acte 18 à Paris par le grand nombre d’hospitalisations pour des détresses respiratoires, des troubles digestifs graves, des céphalés (maux de têtes) puissants. Souvent, nous avons entendu que toutes les armes utilisées dans le maintien de l’ordre étaient inoffensives et pourtant: _ Yeux crevés, _ mains arrachées, _ fractures de la face, ont été légions. Il était donc nécessaire de se pencher vers un autre ennemi au bruit de souffle, celui qui mousse en brûlant, créant une fumée blanchâtre aux effets dévastateurs et dont on parle peu sauf depuis une semaine, c’est à dire depuis l’acte 18.
Que peut donc bien contenir cette fumée si inoffensive dont « la formule n’a pas changé depuis sa création » Mr.Nunez ? En toute logique il était bon de ce pencher sur ce fameux gaz CS de son petit nom le 2-Chlorobenzylidène malonitrile.
Sa formule: ClC6H4CH=C(CN)2 donne plusieurs indications: _ Qu’il est acide _ Corrosif _ Qu’il contient du chlore _ Qu’il contient du malononitrile
Le malononitrile c’est quoi ?
c’est cette molécule le malonitrile de formule CH2(CN)2, elle contient deux choses: _ De l’hydrogène ce qui donne son acidité, _ le nitrile (qui est une molécule, un cas épineux , complètement ahurissante quand on connait son origine.)Vu comme ça, on dirait du chinois, tant de formules pour pas grand chose, c’est inoffensif après tout !
Pourtant, le nitrile est lui tout sauf innocent, même si le chlore contenu est déjà une grande cause de nos maux suite à une exposition au gaz CS.
En y regardant de plus près, pourtant, c’est quoi le nitrile ?
Et bien de sa formule -C≡N, Le nitrile c’est simplement une composition de cyanure d’hydrogène:
de formule H-C≡N, oui oui, vous avez bien lu, du CYANURE:
Mieux encore, le cyanure d’hydrogène a été tristement connu dans les époques les plus sombres car, il est l’ingrédient principal du ZYKLON B (gaz utilisé dans les chambres à gaz nazies).
Une interrogation ce pose car, une grenade lacrymogène classique contient une dose de ces molécules 2000 fois inférieur à la dose létal certes mais, il a été révélé dans plusieurs articles que les blindés contenaient une arme “secrète” pas si secrète que ça contenant le même gaz CS équivalent à 200 grenades lacrymogènes classique.
Un question simple peut du coup logiquement se poser: Si une grenade classique est inférieure à 2000 fois la dose létale combien de fois la dose létale existe dans ce concentré de 200 grenades ?
Le calcul pourrait être:
2000/200=10
C’est ici que l’aberration naît, qu’elle expliquerai le grand nombres de cas d’hospitalisations de symptômes très graves, la concentration du gaz contenu dans les chars ne serait que 10 fois inférieur à une dose létal.
Une étude de 1972 (en pièce jointe) existe sur le gaz CS, étude réalisée sur des cobayes (animaux), il s’avère létal dans des concentrations élevés, les composants sont même cancérigènes, une vrai arme inoffensive ne trouvez-vous pas ? Étude:
Les gaz lacrymogènes sont largement utilisés par les gouvernements français. Leur composition évolue vers plus de toxicité, semble-t-il, ce qui est nocif pour les manifestants et… pour les policiers. Mais à la différence de tout autre produit chimique, fabricants et État ne disent rien sur sa composition. La transparence est nécessaire. Reporterre ouvre cette question de santé publique.
On pourrait penser que la composition des grenades lacrymogènes déversées abondamment sur les manifestants – mais aussi à usage privé, dans des cartouches de défense individuelle – est bien connue, étant donnés les enjeux de santé publique que pose leur emploi massif. Mais ces composés chimiques lacrymogènes et leurs effets sur la santé demeurent en France dans une opacité strictement gardée. Un tabou complet. Un non-dit officiel. Une zone inaccessible, soigneusement maintenue hors de toute transparence. Reporterre s’est confronté à cet écran de fumée officiel, sans ménager ses efforts, sollicitant ministères et cabinets, service de santé des Armées, fabricants, qui refusent toute réponse, et spécialistes qui ne disposent pas de données précises. Circulez, il n’y a rien à voir. Et pourtant…
Évoquer une toxicité accrue des grenades lacrymogènes utilisées par les gendarmes et policiers expose à des réponses fumeuses. Les nuages lacrymogènes sont-ils plus puissants, plus incapacitants que par le passé ? Dans les manifestations, beaucoup ont cette impression. Certains attestent de suffocations qui leur paraissent plus fortes, des yeux qu’on ne peut plus ouvrir durant plusieurs minutes, alors qu’auparavant on ne faisait que pleurer, les yeux piquants mais ouverts, des plaques rouges immédiates sur la peau, au visage, au cou…
Les équipes volantes de secouristes n’ont aussi qu’une appréciation empirique mais s’accordent sur des effets à moyen terme, notamment de bronchites chroniques durant trois à six mois après exposition aux lacrymos dans les manifestations. Secouristes sur le pavé, les streets medics ont recueilli les témoignages de personnes âgées et d’enfants affectés par ces aspersions de gaz lacrymogène aux franges des cortèges de manifestants. Et selon les morphologies, la gêne immédiate peut être très variable, affectant d’abord les yeux pour certains, la respiration pour d’autres, voire des réactions cutanées immédiates. Mais il ne s’agit là que d’un ressenti, difficilement mesurable.
Les policiers sont aussi exposés… et maintenus dans l’ignorance
Les citoyens ne sont pas les seuls exposés à ces substances irritantes. Les policiers qui les lancent les subissent aussi. Si on les interroge sur les dosages qui auraient pu monter en puissance ces dernières années, les réponses sont disparates. « Les gazeuses à main en service depuis deux ou trois ans et les dernières grenades sont plus fortes, plus irritantes qu’avant, confie à Reporterre un CRS en région parisienne. Il nous arrive d’en prendre dans les yeux, au visage, et on le ressent nettement. Bien sûr, ça dépend aussi des conditions : température extérieure, taux d’humidité, si ça tombe sur du macadam, sur de l’herbe… » « Les dernières grenades ont un effet plus fort, plus important qu’auparavant, et les derniers lanceurs multicoups [lance-grenades Riot gun Penn Arm’s à barillet, chargé de six projectiles] sont dotés de nouvelles munitions plus fortes, plus concentrées »,confirme Alexandre Langlois, du syndicat Vigi, ex-CGT police.
Cette impression n’est pas partagée par tous : « Je dirais plutôt que les grenades baissent en intensité, sauf quand on sature l’espace d’une place et que ça stagne au sol, mais ces grenades piquent davantage quand elles approchent de leur date de péremption », explique Johan Cavallero, délégué national CRS au syndicat Alliance. De son côté, Grégory Joron, secrétaire national SGP Police, explique : « Les stocks sont renouvelés régulièrement, on n’a pas changé de grenade, et rien n’a été modifié quant à la composition ou au dosage des grenades, selon ce que nous dit le Saelsi [le Service de l’achat, de l’équipement et de la logistique de la sécurité intérieure, qui fournit depuis 2014 gendarmerie et police nationale]. Seul le volume de gaz quand on sature une place change clairement la donne ».
Les citoyens ne sont pas les seuls exposés à ces substances irritantes. Les policiers qui les lancent les subissent aussi.
Fournisseurs des unités du maintien de l’ordre, la société Nobel sport, basée à Pont-de Buis (Finistère), lâche un laconique : « Il n’y aura pas de réponse de l’entreprise sur ce sujet. » Même refus d’informer chez son concurrent Alsetex, implanté à Précigné (Sarthe) : « La société Alsetex ne transmet aucune information sur les produits commercialisés à des tiers autres que nos clients. Nos produits répondent aux spécifications techniques des clients étatiques de l’entreprise. » Les ministères de la Défense et de l’Intérieur ne sont pas plus diserts, même s’ils exigent des questions écrites, transmises par courriel. Sans réponse.
Les apparitions du gaz lacrymogène remontent à la guerre de 1914-1918
Malgré son nom, le gaz lacrymogène n’est pas un gaz mais un composé solide (à température ambiante), dilué dans des agents liquides ou gazeux, des composés fumigènes. Il s’agit de disperser le produit dans l’air par des grenades lacrymogènes simples ou par des « grenades à effets mixtes, lacrymogènes et de souffle (GLI-F4) ». Ces grenades relèvent de ce que les règlements appellent l’« usage des armes » et sont considérées dans le jargon policier comme « armes intermédiaires », « gaz incommodants » ou « incapacitants », parfois qualifiées de « sub-léthal », ou « à létalité réduite ». Pourtant, des gens sont morts, notamment en Palestine, en inhalant ces gaz. L’armée états-unienne le reconnaît aussi. Ce n’est donc pas un produit anodin, un moindre mal évitant le risque de mise à mort. Quant à savoir si les dégâts durables des lacrymogènes sur la santé sont évalués, la réponse des syndicalistes policiers, cette fois unanimes, est non. Beaucoup trouvent pourtant cette question de santé pertinente mais admettent n’avoir aucune donnée, aucune information.
À l’Hôpital d’instruction des Armées du Val-de-Grâce, Frank Ceppa, qui a écrit sur la toxicologie des armes, le reconnaît : « Je n’ai pas d’étude épidémiologique. Je donne un cours magistral dans une optique militaire aux personnels confrontés à ce type d’armes. J’évoque les risques accrus en milieu confiné, comme des réactions de stress respiratoire aigu, en cas de forte concentration, selon le nombre de munitions au mètre carré, mais je n’ai pas d’élément chiffré ni de littérature précise sur les symptômes. »
Les premières apparitions massives du gaz lacrymogène remontent à la guerre de 1914-1918.
« On est beaucoup plus exposé que les manifestants mais on n’a aucun suivi pulmonaire, dermatologique ou ophtalmique, note Alexandre Langlois, du syndicat Vigi. À part la visite périodique de la médecine du travail, très succincte : on nous prend la tension, on passe sur la balance, on nous demande si ça va et c’est tout. » « Le code du CHSCT [comité d’hygiène et de sécurité] ne s’applique pas au volet répression de la fonction publique », dit Johan Cavallero, délégué national Alliance pour les CRS.
Les premières apparitions massives du gaz lacrymogène remontent à la guerre de 1914-1918. Les Français ont tiré les premiers. Par les aspersions lacrymogènes sur les tranchées ennemies, ils ont inauguré les toxiques chimiques utilisés durant la Première Guerre mondiale. Et ont déclenché une surenchère de gaz toxiques de combat : attaques au chlore avec des gaz suffocants, comme le phosgène ou le dichlore en vagues gazeuses dérivantes, et des « vésicants », comme l’ypérite (e redoutable « gaz moutarde »). Le nom de « vesicant » vient de la capacité du produit chimique à former de grandes vésicules sur la peau exposée.
Très peu de recherches épidémiologiques ont été menées
Le gaz CS (2-chlorobenzylidène malonitrile) utilisé aujourd’hui a été développé en 1928 et porte les initiales des noms des deux chimistes états-uniens (Ben Corson et Roger Stoughton) qui ont synthétisé ses composants actifs. Mais il n’a été produit massivement par l’armée états-unienne comme arme antiémeute que bien plus tard, à partir de 1959. Ce composé lacrymogène existe en quatre versions : CS, CS1 (comprenant 5 % d’aérogel de silice), CS2 (traité au silicone) et CSX (dilué dans du phosphite trioctyl). Chaque version possède « des caractéristiques propres quant à sa persistance selon sa composition, sa dissémination et sa vitesse d’hydrolyse [sa décomposition au contact de l’eau ou de l’hygrométrie de l’air] », explique un rapport de l’armée états-unienne de janvier 2005.
L’usage de ces gaz lacrymogènes a été interdit en temps de guerre par la Convention internationale sur les armes chimiques de Genève, en 1993. Quoique bannie des conflits militaires, cette arme reste curieusement autorisée contre les manifestants civils, pour mater des conflits intérieurs, en situation de guerre sociale « domestique ». En France, en avril 2015, le Défenseur des droit relevait dans un rapport que « la police allemande n’utilise pas de gaz lacrymogène, considérant que des personnes non agressives ou non violentes pourraient en subir les effets indûment ».
Interdit en temps de guerre, l’usage de ces gaz lacrymogènes est autorisé contre les manifestants civils, comme ici en 2013, à Strasbourg, contre des sidérurgistes d’Arcelor Mittal.
Les effets des gaz lacrymogènes sont connus mais les mécanismes biologiques qu’ils mettent en branle restent peu étudiés. « Les lacrymogènes agissent sur les terminaisons nerveuses des muqueuses oculaires et respiratoires, et sur la peau »,écrivaient en 2012 deux éminents pharmaciens et un médecin de l’École de santé des Armées, tout en reconnaissant que « le mécanisme d’action est mal connu » et n’avançant aucune hypothèse vraisemblable des raisons de ces attaques des yeux, de la peau et des poumons. Leur article, intitulé « Toxicité oculaire des agressifs chimiques », a été publié par la revue Médecine et armées.
Un article paru en 2016 dans les Annales de la New York Academy of Sciencesexplique que des études prouvent que le gaz lacrymogène peut « occasionner des dégâts durables, pulmonaires, cutanés et oculaires, avec des risques élevés de complications pour les individus affectés par des morbidités chroniques ». L’étude souligne que par manque de financement public, très peu de recherches épidémiologiques ont été menées sur le spectre des effets sanitaires occasionnés par cette arme antiémeute. Ce qui « handicape la connaissance médicale des effets à long terme et le développement de traitements et contre-mesures ». L’article qui s’attache principalement aux lacrymogènes utilisés aux États-Unis fait état de grenades type composées de 45 % d’agent CS, de 30 % de chlorate de potassium, de 14 % de résine époxy, de 7 % anhydride maléique, 3 % d’anhydride méthylnadique, et de 0,03 % de mélange résiduel. Rien ne dit que les fabricants français Nobel Spsrt et Alsetex livrent le même cocktail, mais on serait en droit de la savoir.
Mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques
Les dégâts instantanés sur la santé sont inventoriés ; les effets durables, beaucoup moins. Dans l’immédiat, on constate des effets irritants sur les yeux, des plaques rouges sur la peau, presque instantanés : mais une exposition prolongée à des composés neurotoxiques peut occasionner des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques, comme le documentait une étude de l’université anglaise de Newcastle-upon-Tyne, publiée en 2003 par le Journal of the American Medical Association. Ces effets sont renforcés chez des enfants (que la police a par exemple gazés lors de la manifestation du 1er mai 2017 à Paris). Chez des femmes enceintes, il peut provoquer des fausses couches et s’avère mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques.
« De fortes concentrations sur des périodes courtes peuvent être plus dangereuses que la même dose dispersée en petites concentrations sur une plus longue durée », note une étude néo-zélandaise publiée en 2013, soulignant que les effets oculaires connus (yeux rouges et larmes) « incluent douleur, blépharospasme [contractions répétées et involontaires des paupières], photophobie [douleurs, migraines, en regardant une source lumineuse], conjonctivite, œdème périorbital, érythème de paupière. Ces symptômes n’occasionnent pas d’effets irréversibles, mais des blessures oculaires plus sévères ont été documentées, incluant hyphéma [sang à l’avant de l’œil], uvéite[inflammation de l’uvée], keratite [inflammation de la cornée] nécrosante ou coagulative, symblépharon [paupières collées], glaucome secondaire, cataractes et neuropathie optique traumatisante. » Les auteurs du rapport précisent la difficulté est de « déterminer si les dommages oculaires étaient dus au lacrymogène en soi, au solvant des grenades, ou un résultat de la charge explosive du produit ».
Autant d’éléments préoccupants qui auraient mérité des réponses des opérateurs publics de ces lacrymogènes. Il paraît indispensable que, comme tout produit répandu dans l’espace public, pesticide ou médicament, la transparence s’impose aux gaz lacrymogènes avec des études indépendantes.
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Des gilets jaunes affichent des symptômes persistants après une exposition aux gaz. Certains évoquent une intoxication au cyanure, sans qu’aucune n’ait été caractérisée. Des voix scientifiques s’élèvent pour mener des recherches sérieuses sur les effets des gaz.
Question posée par Gérard Portier le 09/04/2019
Bonjour,
Des prises de sang réalisées en pleine manifestation. La scène surprenante a été vue lors des manifestations du 20 avril et du premier mai, et dénoncée dans un communiqué par La coordination Premiers Secours. «Nous tenons à faire savoir qu’aucun Médic de la coordination n’est acteur de ces gestes irresponsables. Nous dénonçons ses pratiques, et rappelons que ces initiatives engagent leur responsabilité individuelle.»
Des vidéos datées du 20 avril et tournées à Paris, que CheckNews a pu consulter, montrent des prises de sang et des analyses de sang réalisées sur le trottoir, et parfois sans gants. Cette pratique contestée a pour objectif d’étayer les soupçons qui montent depuis plusieurs semaines sur la composition des gaz lacrymogènes, alors que de plus en plus de témoignages de manifestants font état d’effets persistants. Certains dénonçant depuis plusieurs mois des cas d’intoxication au cyanure.
À la recherche du cyanure
Le 10 février dernier, l’avocate Raquel Garrido met le sujet du cyanure sur la table en partageant ses symptômes post-manifestation (douleurs, vomissement, migraine) sur les réseaux sociaux. «Selon mon médecin, cela ressemble un empoisonnement à l’acide cyanhydrique», affirme-t-elle.
Les symptômes décrits par Raquel Garrido restent proches de ceux provoqués par une exposition au 2-Chlorobenzylidènemalononitrile, le gaz utilisé dans les lacrymogènes (aussi appelé gaz CS), selon la fiche toxicologique de l’INRS. Le témoignage de l’avocate est dénoncé, et parfois moqué, dans des médias et un syndicat de police.
Début avril, le collectif SOS ONU, qui s’est donné pour mission de recueillir des témoignages de violence policière afin de compléter le dossier déjà déposé au Haut-Commissariat des Droits de l’Homme, ajoute sa pierre à la polémique en publiant sur sa page Facebook des résultats d’analyses sanguines et urinaires de manifestants. Certains montrent des taux de thiocyanates dans les urines ou dans le sang supérieurs aux valeurs de référence. Parmi les deux tests publiés, l’un affiche 15,9 mg/L de thiocyanate dans le sang (contre 7,5 mg/L de référence chez les fumeurs) et l’autre affiche 31,4 mg/L dans les urines (contre 25 mg/L de référence chez les fumeurs).
Or le thiocyanate est produit par le corps humain en cas d’exposition au cyanure. Ce qui a conduit SOS ONU à écrire «Analyses CYANURE POSITIF !!» et à lancer une campagne pour demander aux personnes présentant des symptômes persistants après une exposition aux gaz lacrymogènes de réaliser le test au thiocyanate dans le sang, dans l’espoir de démontrer une intoxication au cyanure due aux gaz lacrymogènes.
Que disent les tests ?
CheckNews a contacté le docteur François Parant, médecin au laboratoire qui a effectué les analyses publiées par SOS ONU. Il confirme que son laboratoire a reçu bien plus de demandes de dosages de thiocyanates que d’habitude depuis décembre 2018. La véracité des documents publiés n’est pas remise en cause, mais les concentrations retrouvées, bien que parfois supérieures aux valeurs de référence du laboratoire, ne permettent pas, selon lui, de caractériser une intoxication au cyanure.
«Dans notre laboratoire, nous réalisons les dosages des thiocyanates sériques [dans le sang, ndlr] et urinaires par technique colorimétrique. L’indication usuelle est la documentation d’une exposition aux cyanures suite à un incendie. La méthode utilisée manque néanmoins de spécificité ; les résultats doivent être interprétés au regard d’analyses biochimiques complémentaires et de la clinique», explique François Parant.
Au centre anti-poison de Lyon, le docteur Jean-Marc Sapori confirme également avoir été sollicité par des personnes exposées au gaz lacrymogène et pensant être intoxiquées par du cyanure. «Jusqu’à présent, tous les cas rapportés à notre centre présentent logiquement des signes irritatifs classiques, parfois associés à d’autres signes, très divers, mais ne pouvant être imputés à une intoxication manifeste au cyanure», explique-t-il à CheckNews.
Pour caractériser la présence de cyanure dans le sang des manifestants, certains membres de SOS ONU ont voulu aller plus loin que les tests en laboratoire, proposant donc de réaliser des analyses sanguines pendant les manifestations. Une vidéo a été postée sur YouTube pour expliquer la démarche.
La pratique de ces tests a généré de vifs désaccords au sein du collectif et, aujourd’hui, la page Facebook SOS ONU dénonce cette pratique aux côtés des street medics.
CheckNews a contacté le médecin belge Renaud Fiévet qui supervise les prises de sang en question sur le terrain. «Les prises de sang sont effectuées dans le respect des protocoles de la haute autorité de santé, par des infirmières diplômées», affirme-t-il.
Les tests en question sont fournis par la société suisse CyanoGuard et commercialisés depuis 2018. «Après avoir échangé avec le fabricant, nous avons décidé de doubler quantité de sang testé afin d’abaisser le seuil de détection», confie Renaud Fiévet.
Le célèbre gilet jaune Maxime Nicolle s’est livré au test, et en a publié le résultat le 1er mai «une heure après exposition aux gaz». Il assure à CheckNews, et dans un live, que le test s’est déroulé dans de bonnes conditions d’hygiènes. CheckNews a envoyé par mail la photo du test de Maxime Nicolle au fabricant du kit, qui confirme un résultat positif au cyanure.
Ce résultat permet-il de conclure quoi que ce soit? Notons que ce test n’a pas été effectué avant la manifestation pour comparer un résultat avant et après exposition. Par ailleurs, Jérôme Langrand, médecin toxicologue au Centre Antipoison de Paris, est dubitatif sur le test en question. «Il existe des dosages fiables, réalisés par des laboratoires reconnus, pour doser le cyanure dans le sang. Pourquoi faire appel à des bandelettes moins validées scientifiquement ?» Dans le protocole pour établir une intoxication au cyanure, les médecins demandent aussi le dosage des lactates sanguins, qui prouvent que le cyanure a bien eu une action biologique. Car une exposition au cyanure n’est pas en soit synonyme d’une intoxication, on retrouve des doses de cyanure ou thiocyanate dans le sang de la population générale.
Les gaz lacrymogènes contiennent-ils du cyanure ? L’hypothèse du métabolisme
Par aileurs, à ce stade, si on connaît l’exposition au cyanure par la cigarette, l’alimentation, ou encore les incendies, rien ne vient valider l’hypothèse de la présence de cyanure dans le gaz lacrymogène.
Sollicitée par CheckNews, la direction générale de la police nationale affirme qu’«aucune trace de cyanure d’hydrogène n’a été détectée lors des tests effectués sur les engins utilisés par la police comme la gendarmerie». Une réponse qu’elle avait déjà faite à France Info ou LCI.
L’hypothèse du métabolisme
L’hypothèse la plus répandue est la modification du gaz CS dans le corps humain. L’idée est que le CS serait en partie transformé par le métabolisme en cyanure d’hydrogène puis en thiocyanate. Le schéma explicatif ci-dessous avait été publié par SOS ONU en avril.
Ce mécanisme ne sort pas de nulle part. La transformation du gaz CS en cyanure est même démontrée chez les animaux en cas de forte exposition au CS. La réalité de ce phénomène chez l’homme a donc été étudiée. Après évaluation, son rôle dans la toxicité du gaz CS a été écarté.
En 2001, une revue de littérature (résumé du savoir existant sur un domaine) intitulée «Agents de contrôle des émeutes : pharmacologie, biochimie et chimie», s’est penchée sur la formation de cyanure à partir de CS chez l’homme :
«La formation de cyanure d’hydrogène à partir de CS a été le sujet de plusieurs études chez l’animal et chez l’humain. […] Des études visant à déterminer la quantité de cyanure produite, mesurée par le taux de thiocyanate dans le sang, chez des humains exposés au CS ont été conduites. Les résultats de ces études trouvent des niveaux de thiocyanate plasmiques négligeables». En clair, la métabolisation du CS peut créer du cyanure mais en très petite quantité.
En 2013, le scientifique néo-zélandais Léo Schep publie un article sur le mécanisme d’action des gaz lacrymogènes. Il y écrit que «des niveaux minimums de cyanure et thiocyanate peuvent apparaître dans les urines après une exposition orale ou par intraveineuse au CS». Il ajoute que «dans des circonstances normales, on ne pense pas que suffisamment de cyanure soit libéré pour causer des effets systémiques».
CheckNews l’a contacté pour mettre à jour et préciser son propos : «Le cyanure ne contribue pas à la toxicité du CS, il s’agit d’un sous-produit très mineur issu du métabolisme du CS par le corps».
Enfin, un article plus récent (2016) sur le mécanisme d’action des gaz lacrymogènes ne parle pas du tout d’effet lié au cyanure. Son auteur, Sven-Eric Jordt, affirme à CheckNews qu’«il n’y a pas de preuve d’une intoxication au cyanure due aux gaz lacrymogènes».
Notons enfin que la question du cyanure n’est évoquée ni par le site Désarmons-les, un collectif «contre les violences d’État» dans son article de 2018 (Ce qu’il faut savoir sur les lacrymo) ni par la Coordination des premiers secours (qui regroupe les street medics) dans son article de 2019Le gaz lacrymogène, ses effets et comment s’en protéger.
Des victimes dues à une surexposition ?
La dangerosité des gaz lacrymogènes est avérée sans aller chercher une intervention du cyanure. Les effets du CS vont du picotement dans les yeux et la gorge à faible concentration et en cas d’exposition courte au risque mortel (très rare) en cas de forte concentration dans un milieu confiné sans possibilité de fuite. Les victimes auxquelles CheckNews a pu parler dans le cadre de cette enquête évoquent des symptômes qui persistent plusieurs semaines. Elles ont été exposées toutes les semaines aux gaz et parfois pendant plusieurs minutes sans pouvoir sortir du nuage. Des conditions qui s’éloignent des circonstances habituelles.
Mediapart a récolté plusieurs témoignages faisant état «de problèmes de santé liés à l’utilisation massive et répétée du gaz lacrymogène». En effet, le nombre de munitions tirées et la récurrence des mouvements toutes les semaines amènent les manifestants dans des niveaux d’expositions élevés et aux conséquences peu documentées.
«D’éventuelles conséquences à long terme des expositions au gaz lacrymogènes peuvent être envisagées, en particulier au niveau respiratoire (broncho-pneumopathies chroniques obstructives…) dans le cas d’expositions importantes et répétées, mais elles sont relativement peu documentées dans la littérature (souvent lors d’expositions professionnelles d’ailleurs)», explique Jean-Marc Sapori.
Dans son guide toxicologique publié en 2003, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), note que «La toux et la dégradation de la fonction respiratoire engendrées par une exposition au CS peuvent se prolonger pendant plusieurs mois. […] Toutefois, ces effets s’observent généralement lorsque les individus ont été exposés au CS de manière prolongée dans un espace confiné ou lorsqu’ils souffrent d’une maladie pulmonaire préexistante» (en page 176).
Trois articles scientifiques de 2017, 2014 et 2015 soulignent les potentiels effets «sérieux» du gaz CS sur la santé humaine (sans parler de cyanure) et le manque de données de qualité sur le sujet. Les chercheurs pointent du doigt les limites des données existantes sur les effets des gaz lacrymogènes et appellent à plus de recherches sur le sujet.
Interrogé par CheckNews, Sven-Eric Jordt, chercheur à la Duke University School of Medicine, regrette «l’écart entre la hausse de l’utilisation des gaz lacrymogènes par les gouvernements et la faiblesse des recherches sur leurs effets». Il aimerait voir menées «des études de suivi».
Jean-Marc Sapori plaide aussi pour un suivi du sujet, eu égard au caractère inédit du mouvement des gilets jaunes : «Nous sommes face à un cas atypique d’exposition répétée sur de nombreuses semaines aux gaz lacrymogènes qui mériterait une enquête épidémiologique sérieuse afin de mieux décrire les conséquences sanitaires de cette exposition chronique».
Une situation exceptionnelle décrite par la coordination premier secours qui parle de manifestants se trouvant «soudain noyés dans le gaz lacrymo, avec plus d’une cinquantaine de palets fumant en même temps». Des conditions aggravéespar les «techniques dites «de nasse» où les manifestants (et de malheureux passants) se trouvent pris au piège, sans aucune échappatoire, dans un air irrespirable». Dans de telles situations, les victimes de ces gaz «sont pliées en deux, cherchant de l’air contre les murs des bâtiments, voire prostrées au sol, apeurées, aveuglées, incapables de reprendre leur respiration».
Si vous souhaitez signaler des cas de séquelles durables en raison de l’exposition aux gaz lacrymogènes, la rédaction de Checknews est joignable par mail sur checknews@libe.fr ou sur twitter: @CheckNewsfr.